Satory
Satory, situé à Versailles, possède une histoire riche qui remonte à l’époque gallo-romaine. Au Moyen Âge, ce fief dépendait du couvent des Célestins à Paris et comprenait un hameau ainsi qu’un manoir. En 1685, Louis XIV intégra Satory au Grand Parc de Versailles, en faisant une importante ferme exploitée sous bail. Sous la Révolution, ces terres furent divisées et vendues comme biens nationaux avant d’être rachetées par Napoléon en 1810. Plus tard, Satory fut marqué par un épisode tragique de l’histoire de France : en 1871, le camp de Satory devint le théâtre de l’exécution de nombreux communards. Aujourd’hui, Satory reste un lieu emblématique de Versailles, témoignant de son passé royal et militaire.
Histoire de Satory : un plateau façonné par les ambitions royales (1500-1789)
Satory et la Ferme des Essarts : Un Domaine entre Pouvoir et Héritage
Au sud de Versailles s’étendait le plateau de Satory. Cette terre méconnue jouait pourtant un rôle clé dans l’histoire du village. À l’abri des regards, elle dominait le Val de Gallie et offrait une vue dégagée sur la plaine. Versailles fourmillait de vie. Commerçants et artisans animaient ses rues. Pendant ce temps, Satory abritait des fermes prospères. C’était le grenier à blé de la région, un centre agricole essentiel à son économie. Satory, lui, abritait des fermes prospères. C’était le grenier à blé de la région, un centre agricole essentiel à son économie.
Parmi les nombreuses exploitations de Satory, la ferme des Essarts, située dans la seigneurie de la Grange-Lessart, se distinguait par son importance. Véritable centre de production, elle appartenait à un vaste réseau de fiefs dont l’origine remontait au Moyen Âge. À l’époque féodale, des paysans cultivaient cette terre sous l’autorité des seigneurs locaux. Ces derniers percevaient des revenus en nature et en cens.
Avec ses terres bien entretenues, ses granges imposantes et ses pâtures, la ferme jouait un rôle crucial. On y cultivait principalement du blé, du seigle et de l’orge, essentiels pour nourrir Versailles et ses hameaux environnants. Les étables abritaient un cheptel varié : bœufs pour le labour, moutons pour la laine, et porcs pour l’alimentation des habitants. De vastes prés, bordés de ruisseaux et de marécages, produisaient un foin abondant. Les marchands de Versailles l’achetaient, et une partie partait jusqu’à Paris.
Mais la ferme des Essarts ne se résumait pas qu’à l’agriculture. Son emplacement stratégique, entre Satory et Versailles, en faisait un point de passage incontournable. Les chemins qui la traversaient reliaient le plateau aux routes principales du bourg, facilitant les échanges commerciaux. Ainsi, chaque jeudi, jour du marché, les charrettes chargées de grains, de viandes et de produits laitiers descendaient jusqu’à Versailles, contribuant à la vitalité économique du village.
Au XVIe siècle, Martial de Loménie, seigneur de Versailles et de la Grange-Lessart, révolutionna la gestion de ces terres. Grand financier et administrateur hors pair, il comprit le potentiel de Satory et de la ferme des Essarts. Il entreprit un ambitieux programme de modernisation, rachetant de nombreuses parcelles pour les réunir en une grande exploitation cohérente. Son objectif était simple : faire de Satory un domaine agricole structuré et rentable, capable de rivaliser avec les meilleures fermes de la région.
Sous son impulsion, la ferme des Essarts fut agrandie et réorganisée. Il fit construire une immense grange en pierre, surnommée « le Bastiment », qui dépassait en taille même le futur château de Louis XIII. Il encouragea aussi de nouvelles méthodes agricoles, améliorant les cultures et augmentant le rendement des terres. Grâce à ses investissements, Satory devint un modèle de gestion agricole, attirant de nombreux travailleurs saisonniers et enrichissant les marchands de Versailles.
Mais son audace et ses ambitions lui valurent de puissants ennemis. Son opposition aux traditions féodales, son désir de restructurer la propriété foncière et surtout, sa foi protestante, le mirent en danger. En 1572, lors de la nuit sanglante de la Saint-Barthélemy, Martial de Loménie fut assassiné, et son œuvre menacée. Après sa mort, les anciens seigneurs firent tout pour effacer son héritage, cherchant à rétablir l’ordre féodal d’antan.
Un siècle plus tard, un autre acteur marqua le destin de Satory : Louis XIII. Passionné de chasse, le roi tomba sous le charme des forêts giboyeuses qui entouraient la ferme des Essarts. Ce qui était autrefois un simple domaine agricole devint un territoire de chasse privilégié pour la cour. Peu à peu, les terres furent rachetées, encloses, et transformées pour servir aux divertissements royaux.
Avec l’arrivée de Louis XIV, Versailles changea de visage. Le petit château de Louis XIII devint le centre du pouvoir absolu, et les vastes terres agricoles de Satory furent absorbées par l’expansion du domaine royal. La ferme des Essarts, autrefois si prospère, perdit de son importance, éclipsée par la grandeur du palais et de ses jardins.

Le plateau de Satory, situé près de Versailles, est au cœur de transformations majeures entre le XVIIᵉ et le XVIIIᵉ siècle. Depuis les acquisitions royales sous Louis XIV jusqu’aux bouleversements de la Révolution française, ce territoire a été le théâtre de politiques expansionnistes, de tensions économiques et sociales, et de projets monumentaux. Satory est un témoin privilégié des aspirations royales à dominer la nature et l’espace, mais aussi des limites de ce pouvoir face aux réalités du quotidien des fermiers et des propriétaires terriens.
Satory sous Louis XIV : l’expansion du parc de Versailles
En 1684, le règne de Louis XIV est à son apogée. L’extension du parc de Versailles devient une priorité pour le Roi-Soleil. Il veut intégrer le plateau de Satory à son chef-d’œuvre. La Couronne acquiert progressivement terres agricoles, maisons et droits féodaux du hameau. Cette campagne d’expropriation atteint une ampleur inédite.
Le Sieur Gourlier, notable du hameau, possédait une impressionnante demeure de trois étages comprenant seize chambres, une grande cuisine, des écuries pour 100 chevaux, un jardin fruitier et une volière. Cet ensemble, le plus important du hameau, fut vendu pour 18 500 livres.
Monsieur d’Hillerin, seigneur de la Guerinière, céda sa propriété comprenant une maison couverte de tuiles, deux grandes écuries et un jardin d’un arpent et demi pour 8 000 livres.
D’autres propriétaires, comme Nicolas Vincent ou les enfants de Pierre Lancelin, durent vendre leurs maisons, plus modestes mais toujours indispensables à la vie agricole locale.
Les Célestins, un ordre religieux possédant des droits sur certaines terres de Satory, reçurent des compensations financières pour leurs propriétés et leurs droits seigneuriaux. Cela montre l’importance de maintenir un équilibre symbolique, même dans le cadre des projets impériaux du roi.
Le XVIIIᵉ siècle : un plateau sous exploitation agricole et scientifique
Après la première phase d’expansion, le plateau de Satory devint un espace intensément exploité. Agriculture, chasse royale et innovations scientifiques s’y mêlaient. Ainsi Les fermiers jouaient un rôle central malgré des conditions difficiles et des contraintes imposées par la Couronne.
La ferme de Satory, d’une superficie d’environ 300 arpents de terres labourables et 77 arpents de pâturages, était l’une des plus importantes du plateau. Les fermiers, comme André Michaux, devaient respecter des conditions très strictes inscrites dans les baux royaux :
- Rotation des cultures : Les terres devaient être cultivées selon des cycles rigoureux pour préserver leur fertilité.
- Fournitures obligatoires : Les fermiers devaient livrer des quantités considérables de foin, de paille et de grains pour la ménagerie royale, notamment 3 000 bottes de paille de blé et 40 septiers d’orge par an.
- Aménagements pour la chasse royale : Certaines terres étaient laissées en jachère pour servir de « remises à gibier », essentielles pour les chasses royales.
En 1763, André Michaux déplora la perte de 42 arpents de terres retirés de sa ferme pour des projets de plantations et la construction des hôtels de la guerre et des affaires étrangères. Il réclama une indemnité de 2 000 livres pour compenser ses pertes, reflétant les tensions entre les besoins des fermiers et les projets royaux.
Innovations et exploitation des ressources naturelles
Le plateau de Satory ne servait pas uniquement à l’agriculture. Il devint également un espace pour des projets scientifiques et des exploitations industrielles.
En 1757, le sieur Prat, apothicaire du roi depuis 24 ans, sollicita un terrain près des réservoirs de Satory pour construire un laboratoire plus sûr, ainsi qu’un jardin botanique ouvert au public. Ce projet s’inscrivait dans un contexte de progrès scientifique, où la nature devenait un objet d’étude autant qu’un outil pour la médecine et l’agriculture.
L’exploitation intensive des carrières du plateau commença dès le début du XVIIIᵉ siècle. En 1765, leur épuisement conduisit à l’ouverture d’une nouvelle zone d’extraction dans les bois de Satory. Notamment cette pierre était essentielle pour les constructions de Versailles, notamment les hôtels royaux.
La Révolution française : fin des privilèges royaux et redistribution des terres
Avec la Révolution française, la vente aux enchères des fermes royales mit fin à un système féodal strict. La ferme de Satory, par exemple, se vendit en 1786 pour 2 122 livres par an. Les nouveaux propriétaires, souvent issus de la bourgeoisie ou de l’aristocratie déchue, acquirent ces terres autrefois contrôlées par la Couronne.
En 1795, le sieur Debey, un négociant parisien, acquit la ferme de Satory, mettant fin à son exploitation par les fermiers historiques.
Ainsi, l’on redistribua également d’autres propriétés du plateau, comme les fermes de Gally, de la Minière ou de Châteaufort.
un territoire entre tradition et modernité
De l’extension du parc de Versailles sous Louis XIV à la vente des terres pendant la Révolution, Satory reflète les grandes dynamiques historiques de la France d’Ancien Régime. Le plateau illustre à la fois la puissance centralisatrice de la monarchie et les défis de ses ambitions, qu’il s’agisse d’exproprier les habitants ou d’imposer des contraintes aux fermiers.
Avec la Révolution, Satory amorça une nouvelle ère, marquée par une redistribution des terres et une transition vers une exploitation plus libre, tout en conservant l’empreinte d’un passé royal imposant.










